03 Sep 2019 284
Sandra Nobre Short Stories
#culture #experiences

Et c'est te regarder ainsi, éperdument . ..

Il existe des belvédères, dénommés ainsi, au sommet des collines, d'où l'on peut admirer la capitale. Et il existe des endroits qui proposent une vue panoramique à couper le souffle. Les uns comme les autres nous font rêver.

Destination : Lisbonne

Je ne me lasse pas de dire que parmi les nombreux pays dans lesquels j'ai atterri - au dernier recensement, il y a déjà quelques années, j'en étais à 41, et mieux vaut ne pas essayer de faire les comptes si nous multiplions par les villes et les retours répétés -, Lisbonne obtient le prix de la meilleur vue urbaine. Oublions les polémiques dues au bruit du trafic aérien et à la sécurité, etc., nous arrivons par le sud, qui est mon point de vue préféré, et découvrons le littoral de la Costa da Caparica, nous saluons le Christ Roi (« Cristo Rei »), croisons le pont 25 de Avril et survolons toute la ville, ou bien par le nord, avec le pont Vasco de Gama à l'horizon et toute la partie est de la ville, que nous avons vu renaître après l'EXPO'98, avec des traits audacieux de modernité. Personne n'est indifférent. À moins que vous n'ayez une place côté couloir, ce qui n'est pas le meilleur choix quand vous avez Lisbonne pour destination. La lumière, le fleuve, toute l'histoire par le hublot de l'avion.

Note : réservez une place du côté hublot pour admirer la vue.

Les belvédères classiques

Perchés dans les collines de Lisbonne, ils permettent de découvrir chaque quartier, toutes les lignes que dessinent la ville que nous voyons, chaque jour, se reconstruire et gagner de nouvelles couleurs, entre les grues et les échafaudages. Il est presque possible de tracer un axe qui la divise au milieu, en prenant l'Avenida da Liberdade, autrefois Passeio Público, comme référence.
D'un côté, comme une grande fenêtre totalement entrouverte, São Pedro de Alcântara, entre le quartier du Chiado et celui de Príncipe Real, dos tourné au quartier du Bairro Alto, comme s'il cachait avec pudeur la vie de bohème qui y règne chaque nuit, de porte en porte, de bar en bar. D'ici nous pouvons voir le quartier de Graça, le château, le jardin du Torel, les ruelles de Mouraria. Et le Tage, au fond, image figée, comme une aquarelle, contrastant avec l'agitation des jours. Juste à côté, le funiculaire de Glória, monument national depuis 2002, couvert de gribouillages réalisés par des artistes sans talent - la différence entre l'art public et le vandalisme -, séduit encore les touristes qui passent et les emmène à mi-chemin des belvédères situés de l'autre côté de l'avenue. Toujours de ce côté, entre les rues du Chiado, le belvédère de Santa Catarina, plus connu sous le nom d'Adamastor, le symbole des tempêtes des Lusiades, imaginé par Luís Vaz de Camões, représenté par une statue tournée vers le Tage qui l'a rendu célèbre. Fermé au public depuis plus d'un an, nous ne savons toujours pas si après les travaux, il y aura une grille de protection et des horaires d'ouverture. La poussière et les machines n'en font pas actuellement la meilleure option pour les contemplations.

Photo: Belvédère São Pedro de Alcântara

Nous traversons l'Avenida da Liberdade et montons dans le funiculaire de Lavra, inauguré en 1884 et le plus ancien de la ville, toujours en activité, qui effectue des montées et des descentes entre le Largo da Anunciada et la Rua Câmara Pestana, en suivant la Calçada do Lavra. Il est lui aussi monument national, tout comme le funiculaire de Gloria (1885), celui de Bica (1892) et l'ascenseur de Santa Justa (1902). Nous arrivons au jardin du Torel, peut-être le plus discret des belvédères, situé entre de petits palais des XVIIIe et XIXe siècles. À l'origine, il y avait une ferme dont le terrain a été cédé à la municipalité en 1928 et le nom de son propriétaire a été maintenu. Nous y découvrons la Lisbonne occidentale et le belvédère voisin de S. Pedro de Alcântara, en face. Le kiosque, la cafétéria ou le parc pour enfants invitent aux promenades en famille. En fin d'après-midi, il propose une programmation de plus en plus régulière (informez-vous au préalable), avec des activités sportives, de la musique, du cinéma et, en août, une plage urbaine. 
Les habitants de Lisbonne qui sauront indiquer le belvédère Sophia de Mello Breyner, nom officiel du belvédère mieux connu sous le nom de belvédère de Graça, ne sont pas si nombreux. Le buste en bronze de l'une des plus importantes poétesses du XXe siècle et unique femme écrivaine ayant reçue les honneurs du panthéon national, dont  le centenaire de la naissance sera célébré en novembre, rappelle les occasions lors desquelles elle a observé la capitale depuis cette place. Ses mots ont été inscrits à cet endroit : « Dans son long scintillement de bleu et de fleuve / Dans son corps amoncelé de collines / Je la vois mieux parce que je la dis ». Et, depuis la plus haute des collines, nous voyons bien le château de São Jorge, le fleuve, le pont 25 de Abril, le tissu urbain, nous pouvons même apercevoir le poumon vert, le parc forestier de Monsanto. Près du promontoire, l'église et le couvent de Graça, ensemble architectural du XIIe siècle, reconstruit au XVIe siècle et restauré après le tremblement de terre de 1755. Le couvent est devenu un quartier général militaire lors de l'extinction des ordres religieux. Un important ensemble d'azulejos des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles est conservé à l'intérieur. Il est devenu le quartier branché, mentionné dans tous les guides, et se retrouve donc être un lieu de plus en plus touristique, avec des files d'attente à la porte des petits établissements, où il est encore possible de goûter la cuisine traditionnelle, si vous avez la patience d'attendre...
Il est difficile de dire quelle est la meilleure vue panoramique entre celle du belvédère de Sophia ou celle du belvédère de la Senhora do Monte, qui sont pratiquement côte à côte mais, ce dernier étant un peu plus haut. La chapelle de Nossa Senhora do Monte, au cœur du quartier de Graça, lui prête son nom. À quelques pas de là, se trouve la Vila Berta, construite au cours de la première moitié du XXe siècle et destinée à loger les ouvriers. Elle tient son nom de la fille de l'architecte Joaquim Francisco Tojal, qui l'a conçue. C'est un lieu où il faut obligatoirement s'arrêter les soirées de saints populaires, lorsque la villa devient le théâtre de bals populaires et propose des sardines grillées. De retour à l'observatoire avec Lisbonne à nos pieds, la photographie est merveilleuse. Tout tient dans un regard.
Toujours en descendant en direction du château, nous arrivons au belvédère des portes du soleil (« Portas do Sol »), dans le quartier d'Alfama. Le plus agité, rempli de touristes, bruyant, du fait du mélange du trafic et de la musique en live, mais aussi le plus romantique, les baisers échangés sur ce balcon penché sur le Tage, comme la proue d'un navire, étant si nombreux. Nous pouvons voir les navires entrer au large du phare du Bugio et jetter l'ancre à Santa Apolónia, sans perdre de vue la coupole du panthéon, les tours de l'église de Graça et de São Vicente de Fora. Le musée des arts décoratifs, dans le palais Azurara, mérite une visite. En continuant à descendre la colline et en suivant la ligne du tramway 28, une autre carte postale s'offre à nous, nous arrivons à la cathédrale de Lisbonne, à l'église de Santo António et au quartier de la Baixa. Il s'y trouve des centaines de tuk-tuks séduisant les touristes qui passent, mais si un esprit de découverte vous anime, chaussez des tennis confortables et parcourez les ruelles à votre rythme, en vous arrêtant pour boire un « copo de três » (expression utilisée pour boire un verre entre les repas, avec ou sans amuse-bouche), faire une prière, acheter un souvenir ou prendre un selfie.

Autres observatoires incontournables

Si par « belvédère » vous entendez « point élevé proposant un large horizon », il faut ajouter à la liste une demi-douzaine de lieux stratégiques de la ville. Dans le quartier de la Baixa, l'arc de triomphe de la Rua Augusta  vous invite à y monter. Après l'ascenseur et les 46 marches d'un escalier en colimaçon, nous découvrons la symétrie parfaite imaginée par le marquis de Pombal, avec des rues perpendiculaires qui conservent la toponymie des métiers qu'elles accueillaient - bourreliers, forgerons, cordonniers, etc. -, et dont l'axe central est la Rua Agusta et qui d'étend du Terreiro do Paço au Rossio et à la Praça da Figueira. 
Quelques rues plus loin, vous devez trouver une file d'attente pour monter dans l'ascenseur de Santa Justa ou de Carmo, ç'un des exemplaires les plus remarquables de l'architecture en fer du Portugal, de style néogothique, signé par Raul de Mesnier du Ponsard et dont la construction est attribuée de façon erronée à Eiffel. Une fois l'attente surmontée, nous effectuons la liaison entre la partie basse et la partie haute de la ville, qui permet de découvrir depuis l'esplanade les ruines du couvent de Carmo, le Rossio, le château...
Au cours de l'après-midi de shopping au centre commercial, la montée au Amoreiras 360 Panoramic View s'impose. Si vous n'avez pas encore eu le souffle coupé, cela est sur le point de se produire. Jusqu'au sommet, vous ne manquerez pas d'oxygène car il n'est finalement nécessaire que de près de trente secondes de voyage pour atteindre les 174 mètres de hauteur au-dessus du niveau de la mer. Se présentant comme le bâtiment le plus haut de Lisbonne, il permet de circuler et voir la ville à 360º ou de s'assoir et d'apprécier tranquillement le paysage. Il est possible de connaître tous ceux qui sont passés ici sur Instagram grâce au hashtag #amoreiras360view. Le célèbre guide Lonely Planet assure que c'est « la meilleure vue de Lisbonne ».
La liste peut être aussi vaste que la curiosité de chacun : le rooftop du MAAT, à Belém, est un lieu intéressant en fin d'après-midi ; ou la montée jusqu'à la coupole du panthéon national ou encore l'église de Santa Engrácia, dans la zone de Santa Clara, près de laquelle la pittoresque « feira da Ladra » (marché aux puces) a lieu tous les mardis et samedis ; et pourquoi ne pas traverser le fleuve et monter au sanctuaire national du Christ Roi, au sommet du Pragal, à Almada, où il est possible de parcourir le chemin de croix de Jésus et d'avoir une vue panoramique complète de Lisbonne...

Photo: MAAT 
On garde le meilleur pour la fin ou, du moins, le belvédère qui demande le plus de courage - si vous avez le vertige, il est conseillé d'y réfléchir à deux fois ! Au niveau du pilier 7 du pont 25 de Abril (qui s'appelait le pont Salazar jusqu'à la révolution de 1974 ), auquel nous accèdons par l'Avenida da Índia, à Alcântara, nous découvrons tout d'abord l'histoire de la construction du pont routier et ferroviaire qui relie Lisbonne à Almada, sur la berge sud du Tage. Jusqu'ici, pas de problème. Lors de la montée, en voyant les câbles qui le soutiennent, les jambes chancellent déjà de nervosité. Mais c'est lors de la sortie sur le balcon suspendu, transparent, recouvert de verre, que la peur s'installe. Nous sommes au niveau des voitures qui traversent le pont en direction des plages de la Costa da Caparica. Il est conseillé de ne pas regarder vers le bas et de respirer profondément. Vue d'ici, Lisbonne est un vertige, une illusion, un émerveillement, un défi. Tant d'émotions que tu me fais ressentir ! Mais si je le pouvais, je resterais toujours assise au hublot de l'avion, mon belvédère préféré, à te contempler de loin et m'approcher avec l'urgence des amants, pour t'embrasser.
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