24 Aoû 2018 2708
Sandra Nobre {Storyteller} www.shortstories.pt

Ni saints ni pécheurs, des touristes

Pas plus besoin d’être croyant, que d'entrer dans une église pour y prier ou se confesser. Certaines personnes y vont pour la beauté du lieu, l'architecture, l’histoire, le rayon de lumière qui traverse les vitraux, le silence. Une église est un monument. Suivons ce chemin de croix.

Église de Saint Antoine

Il s’agit de l’un des saints portugais les plus connus, au niveau national et international. Le Portugal et l’Italie se disputent ce saint, mais Fernando de Bulhões, de son nom, est né à Lisbonne, a parcouru le monde et est mort près de la ville italienne de Padoue. C'est le saint patron du Portugal, au même titre que l'Immaculée Conception, et le saint patron de Lisbonne, au même titre que Saint Vincent. Le 13 juin, jour anniversaire de sa mort, en 1231, la fête bat son plein entre les marches populaires, les bals et les sardines grillées. Toute jeune fille en âge de se marier sait que c’est à Saint Antoine qu’il faut demander la grâce. L’église qui pratique le culte du prêtre franciscain a été édifiée sur le lieu où il serait né, vers 1145 (les chercheurs ne sont pas d’accord sur la date), la crypte étant le lieu le plus sacré, entre l’autel et la relique, il existe également un musée contenant des objets renvoyant à sa vie. Après le tremblement de terre qui a anéanti la ville, c’était les enfants qui faisaient appel au Saint : « Un sou pour Saint Antoine ». C’est ainsi que l’argent nécessaire aux travaux a été récolté. De nos jours encore, ce n'est pas exceptionnel d'entendre cette exclamation. Une autre tradition a perduré : le pain de Saint Antoine. Il existe une boîte d'aumône à cet effet, rappelant le don du Saint, qui a offert aux pauvres la totalité du pain destiné aux moines. Et là un miracle s'est produit : une nouvelle fournée est apparue, pour le plus grand bonheur de tous. Signes des temps, l’église autorise les dons via Paypal et permet d'allumer des cierges via l'application Candla. Que dirait le prêtre, avec ses talents d’orateur, de toute cette modernité ? . ..

Largo de Santo António da Sé, Baixa

Tél. : 218 869 145

www.stoantoniolisboa.com

Photo: SingaHitam

Église de Sainte Isabelle

Un ciel sous un autre ciel. Ce n'est pas une question de croyance, la peinture du plafond de l’église de Sainte Isabelle, signée par l'artiste helvético-américain Michael Biberstein (1948-2013), nous rapproche de la divinité. Ce sont 800 mètres carrés à une hauteur de 20 mètres et les différentes tonalités de la peinture nous invitent à la contemplation. Et nous apportent la sérénité. Biberstein est mort après avoir réalisé les maquettes et les études, un studio a ensuite conclu le projet donnant vie à la rêverie de l'artiste. Souvent décrit comme un lieu de paix, cette église est un sanctuaire de silence, une sorte de paradis sur terre, une galerie qui dévoile un bâtiment du XVIIIe siècle sous le regard d’un artiste contemporain. 

Rua Saraiva de Carvalho, 2A, Campo de Ourique

Tél. : 213 933 070

Église de Saint Dominique, Rossio

Si les murs de l’église pouvaient parler de l’horreur dont ils ont été témoin. Des juifs persécutés et assassinés, ici, sur la place, le 19 avril 1506 – un monument, placé à l’entrée de l’église, rend hommage à la mémoire des milliers de victimes et sur un mur on peut lire « Lisbonne, ville de la tolérance ». Des hérétiques conduits au Palais de l’Inquisition ou sur les bûchers de la place publique. Du tremblement de terre de 1755, qui l’a presque entièrement détruite. De l’un des plus grands incendies auxquels Lisbonne n'ait jamais assisté, le 13 août 1959, lorsque le bâtiment a pris feu et les autels dorés, les images religieuses et les peintures de grande valeur ont disparu dans les flammes. Elle a ensuite fermé ses portes jusqu’en 1994. Elle a conservé les pierres brûlées, cette mémoire du feu qui châtie, entre les murs ocres réédifiés, à deux pas du Théâtre national D. Maria II et du bar de la Ginginha. Datant à l’origine du XIIIe siècle, elle a subi de nombreux travaux qui ont débouché sur un mélange de styles. Imposante, avec son unique nef, l’église a longtemps été l’un des plus importants temples catholiques de Lisbonne, où étaient célébrées les obsèques nationales, ainsi que les mariages et baptêmes royaux. Dédiée à Sainte Juste et Sainte Ruffine, c'est l'une des rares églises où il est encore possible d'allumer des cierges en signe de dévotion (un rituel quasiment disparu, les cierges étant maintenant électriques) en échange de promesses ou en remerciement pour les grâces reçues. 

Largo de São Domingos, Rossio

Tél. : 213 428 275

Photo: JacekPlewa

Église de Notre Dame de Lorette ou des Italiens

La communauté italienne possède son lieu de culte au Portugal depuis cinq siècles. Le plafond peint à la façon des grands maîtres, coloré et rempli de personnages, est tout simplement magnifique. D’Italie sont venus marbres, colonnes et douze statues des Apôtres, le tout financé par les marchands qui vivaient ici et qui, jusqu’en 1850, offraient entre un quart et la moitié de leurs bénéfices à l’église. L’église est consacrée à la Vierge de Lorette, connue sous le nom de Notre Dame noire, une appellation qui semble résulter uniquement du fait que les icônes de la Vierge étaient peints sur du bois d’épicéa et que la couleur sombre était due à la fumée des cierges et des lampes à huile, ce qui faisait qu’elles étaient souvent peintes. Sur certaines, une fois restaurées, plusieurs couches de peinture peuvent être observées. C'est ainsi qu’elle est devenue célèbre. La sainte patronne est également protectrice de l'aviation. Touchée par de nombreuses catastrophes – un incendie en 1651, le tremblement de terre de 1755, le fait qu’elle n'a été reconstruite que trois décennies plus tard – l’église a subi de nombreux travaux récemment et est embellie pour les festivités qui ont lieu tout au long de l'année. Elle est connue parmi les croyants pour la confession quotidienne, toute la journée, et la célébration eucharistique en italien, à 11h30.

Rua da Misericórdia, 2, Chiado

Tél. : 213 423 655

Programme : igrejaloreto.wixsite.com/lisboa

Photo: João Carvalho

Église de Santa Cruz do Castelo

N 38º42’49.10 / O 9º7’55.48”. Les coordonnées nous mènent à l’entrée du temple ouvert au public depuis juin. Ensuite, il faut gravir plus de 50 marches jusqu’au clocher, où quatre cloches en bronze du XVIIIe siècle, date de la construction de l’église, sonnent chaque jour à midi. La vue y est magnifique, sur les quartiers de Graça, Senhora do Monte, São Vicente de Fora, jusqu’à ce que notre regard croise le Tage et le traverse par temps dégagé. Elle peut accueillir sept à dix à la fois qui peuvent y capter l’image correspondant aux hashtags #paysagehistorique et #leplusbeaupaysagedelisbonne ! C’est le premier temple chrétien à avoir été construit après la conquête de la ville par Alphonse Henriques en 1147, reposant sur la tour du château Saint George, bastion de la citadelle. Une visite guidée de l’église peut être faite, pour y découvrir les trésors qu’elle renferme.

Largo Santa Cruz do Castelo

Tél. : 215 806 032

De 9h à 21h (été) jusqu’à 18h (hiver)

www.torredaigrejadocastelo.pt

Photo: LaszloDaroczy_fromMiskolc_Hungary

Église du Couvent de Notre Dame de Vencimento do Monte do Carmo

Les voies de la foi peuvent nous conduire en des lieux qui ne sont que souvenirs, ruines, vestiges archéologiques, comme l’église du Couvent de Notre Dame de Vencimento do Monte do Carmo, qui font partie des Ruines de Carmo, classées Monument National. Fondée en 1389 par Nuno Álvares Pereira, elle a été détruite par le tremblement de terre de 1755 et n'a pas été reconstruite. Cependant, certaines structures et éléments des XIVe et XVe siècles ont été conservés, comme l’oculus de la façade de l’église et les portails ornés de beaux chapiteaux. C’est un excellent prétexte pour redécouvrir l’histoire de la ville au Musée Archéologique de Carmo.

Largo do Carmo, Chiado

Tél. : 213 460 473

Fermé le dimanche

www.museuarqueologicodocarmo.pt

Église de Notre Dame de Fátima

Lorsque le soleil éclaire les vitraux, les couleurs prennent vie à l’intérieur et à l'extérieur de l’église. Il y a quelque chose de spectaculaire dans ce jeu de lumières, une performance silencieuse, une liturgie contemplative. Il fut le premier temple catholique construit après l’implantation de la République, présentant des traits modernistes, qui ont fait l'objet de polémiques à l'époque, signés Porfírio Pardal Monteiro, l'un des architectes les plus importants de la première moitié du XXe siècle. Cet ouvrage architectural lui a valu le prestigieux prix « Prémio Valor », en 1938. Avec lui, de nombreux artistes, tels Almada Negreiros, auteur des vitraux, et Francisco Franco, qui a conçu les sculptures, ont donné corps à la demande du cardinal Cerejeira, patriarche de Lisbonne dont les exigences étaient simplement les suivantes : « Que ce soit une église. Une église moderne. Une église moderne et belle ». Elle est belle. Et elle reste moderne. Elle invoque Notre Dame de Fátima, le plus important culte catholique portugais. Le 12 de chaque mois c'est la prière du soir, à 21h30 – si l’on n’y va pas pour la foi, c’est pour porter un autre regard sur le bâtiment, un autre jeu de lumière.

Avenida de Berna, 26, Avenidas Novas

Tél. : 217 928 300

De 8h30 à 13h – de 16h à 20h

Photo: Palickap

Église de Notre Dame des Navigateurs

Cette église marque par son aspect singulier, à l’intérieur comme à l'extérieur. L'architecture circulaire, signée José Maria Dias Coelho, où les places assises sont disposées autour de l'autel central, au lieu des bancs parallèles, avec les sculptures évoquant les mystères du rosaire, le retable principal avec la transfiguration du Christ, le tabernacle dans un vitrail de six mètres de haut, ne cessent de surprendre. Il faut du temps au regard pour s’habituer à l'agencement de l’espace. Notre Dame des Navigateurs, sainte patronne des pêcheurs, a donné le ton à ce bâtiment du XXIe siècle, inauguré en 2014, né de la renaissance de la zone est de la ville à l’occasion de l’EXPO’98.  La tour, mesurant environ 40 mètres de haut, autant que le tablier du pont Vasco de Gama, se dresse comme la cheminée d’un bateau ancré, tel un phare indiquant la voie. 

Passeio do Levante, Parque das Nações

Tél. : 218 958 898

De 10h à 13h – de 14h à 20h (vendredi)

De 17h à 20h30 (samedi)

De 10h30 à 13h – de 19h à 21h15 (dimanche)

Ermitage des Hiéronymites

De l'extérieur, son aspect simple ne laisse pas soupçonner ce qui nous attend à l’intérieur : une petite réplique du majestueux Monastère des Hiéronymites, conçue par Diogo de Boitaca, le même architecte qui a conçu le monument manuélin qui est une référence culturelle de la ville et patrimoine de l’humanité. Édifié en 1514 sur les terrains de la clôture des moines du Monastère de Santa maria de Belém, il est devenu un lieu de stockage lorsque ces derniers ont quitté les lieux. En 1976, il a été prêté au culte orthodoxe russe, puis a réintégré la Paroisse de São Francisco Xavier en 1978. Considéré Monument National, il possède une nef avec un arc de triomphe à laquelle s'ajoute une autre nef de plus petite taille et plus basse, qui correspond à la chapelle principale. L'autel de la chapelle Saint-Jérôme est orné d'anciens carreaux de faïence (azulejos) de Séville. Au sommet de la colline, entouré d'un jardin conçu par Gonçalo Ribeiro Telles, le plus grand nom de l'architecture paysagère du Portugal, se trouve un promontoire offrant une vue privilégiée sur Belém et le Tage.

Praça de Itália, Restelo

Tél. : 213 018 648

Photo: João Martinho

Chapelle de Rato

Elle passe presque inaperçue dans le tissu urbain de la ville. On ne s’y rend plus pour les mêmes raisons depuis que le Pape François a récemment nommé, en juillet dernier, le prêtre José Tolentino de Mendonça, archevêque et archiviste des Archives Secrètes du Vatican et Bibliothécaire de la Sainte Église Romaine, lieu de trésors littéraires et artistiques sans égal, à l’une des charges les plus importantes de la Curie romaine. Il aura désormais pour mission de « veiller sur les écrits et les témoignages qui nous ont été légués » selon la lettre du Vatican. Écrivain et poète, né à Madère, il a habitué les fidèles au dialogue entre la foi et la pensée, le sacré et les arts et le présent et l'avenir, entre les croyants et les non-croyants. Sans nier le mérite de ceux qui prêchent maintenant la parole, c'est toujours un bon endroit pour lire son œuvre et continuer de faire la traversée de l'enfance (Travessia da infância) : 

« Tranquilles nous faisons les grands voyages
seule l’âme cohabite avec les arrêts
étranges

je me souviens d’une fenêtre
dans la Traversée de l’Enfance
où, suivant le bruit des bus,
j'ai regardé le monde 
pour la première fois

je ne sais si tu pourras deviner
la gloire secrète que j'ai ressentie
ces jours-là

je n'ai découvert que plus tard que
le dernier arrêt de tous
les bus
se trouvait avant 
le monde

mais ça c’était après,
bien après,
je le répète »

Calçada Bento da Rocha Cabral – 1B, Rato

www.capeladorato.org


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