17 Jui 2018 2656
Sandra Nobre {storyteller} www.shortstories.pt

Un jour au PortoBay Liberdade

Quand nous nous installons dans un hôtel, est-ce que nous faisons de ce lieu un endroit uniquement de départ et d'arrivée, au milieu de tout ce que nous voulons visiter à notre destination, ou bien est-ce que nous nous installons comme à la maison et profitons de tout ce qu'il nous offre, en dehors des propositions culturelles et des nouveautés citadines ? Parfois, l'hôtel peut être une île d'où l'on n'a pas envie de sortir. Ça a été comme ça au PortoBay Liberdade . ..

13h15 . Déjeuner d'affaires

Des hommes en costumes parlent de politique, conçoivent des stratégies et des plans commerciaux, ils concluent des contrats à la table du Bistrô4, entre la suggestion du jour et un verre de vin - il y a également des dirigeantes, mais elles mélangent plaisir et affaires en ne refusant pas un dessert et/ou un petit chocolat avec le café, pour rendre la journée plus douce. Après, il y a les autres, en version casual friday, quel que soit le jour de la semaine, qui suivent des circuits culturels, sans oublier les spots pour les achats, alors qu'ils échangent des « j'aime » sur les photos publiées sur les réseaux sociaux en partageant avec le monde ce qu'ils mangent, où ils sont et avec qui ils sont. Vu sous cet angle, les voyageurs solitaires deviennent une espèce en voie de disparition du fait de la wifi. Nous ne sommes jamais seuls.

14h00 Faire le tour du quartier et quelques rues en plus

Il suffit de traverser la rue, la maison musée Medeiros Ferreira se trouve au coin en face et recrée la vie de son fondateur, elle abrite une collection d'art hors du commun, avec plus de deux mille pièces exposées, du mobilier à la céramique, de l'horlogerie à la peinture. Deux rues plus loin, nous arrivons à la Cinémathèque portugaise, fondée dans les années 50, qui encourage la conservation et la découverte du patrimoine cinématographique. Les expositions nous amènent à la rencontre des spectacles d'ombres et de lanterne magique, revisitant l'évolution du cinéma et nous regardons les coulisses de films dans des expositions temporaires. À l'affiche, des cycles de réalisateurs, des rétrospectives d'œuvres et de classiques à voir ou à revoir. Je descends l'Avenida da Liberdade, qui fut en son temps une promenade publique, et je passe devant les vitrines comme si j'assistais à un défilé des marques internationales - Louis Vuitton, Gucci, Zadig & Voltaire, Miu Miu, Prada, Emporio Armani, Carolina Herrera, Hugo Boss, Ermenegildo Zegna, les multimarques Stivali ou Fashion Clinic. En arrivant aux Restauradores, je monte dans l'ascenseur de Glória, jusqu'au belvédère de São Pedro de Alcântara pour contempler l'incomparable Lisbonne de Mouraria, d'Alfama, de Graça et du château. Oups, il est presque 17h, c'est l'heure du thé, comme Catarina de Bragance l'a dicté, il faut l'accompagner de scones, une bonne raison pour rentrer à l'hôtel.

18h00 Une pause pour respirer : le spa

Très souvent les gens oublient combien un sourire peut être thérapeutique. Ici au SPA tout est fait pour que nous nous sentions bien dès notre arrivée. Nous nous dirigeons vers le rituel. Les salles de soin ont des noms de plantes exotiques - ylang ylang, plumeria, palissandre. La lumière est douce et cela nous calme. Durant 55 minutes je me laisse aller à une Desktop Recovery, idéale pour ceux qui souffrent de tensions et de contractures, résultat de longues heures passées devant l'ordinateur. Au massage qui soulage les douleurs musculaires s'ajoutent des étirements pour favoriser l'élasticité et corriger la posture. Le massage ayurvédique du visage et du cuir chevelu, aux arômes de gingembre, lavande, romarin et poivre noir, nous libère de toutes nos pensées. Le son des bols tibétains me ramène à la réalité. C'est l'heure d'un thé à la menthe et au citron dans la salle de détente, pour prolonger l'expérience. On est pris par l'envie de rester ici tout le reste du séjour. Et s'il y avait une chambre installée dans le spa ? Vous imaginez comment ce serait ? Une île dans l'île, je pourrais en être sa seule habitante... Sans hâte, je me partage entre le sauna et le hammam, avant de plonger dans la piscine intérieure. Peu importe que ce soit l'été ou l'hiver, qu'il pleuve ou qu'il vente, ici, la température est parfaite. 

19h45 Le vol entre le Rooftop et l'Aviator6

« Les collines, sous l'avion, creusaient déjà leur sillage d'ombre dans l'or du soir. Les plaines devenaient lumineuses, mais d'une inusable lumière : dans ce pays, elles n'en finissent pas de rendre leur or (...) » (Vol de nuit, Antoine de Saint-Exupéry). La lumière se reflète sur les vitres des bâtiments alentours. Au septième nous apercevons la ville qui apparait entre la cime des arbres et les toitures. Il y a des transats pour accompagner l'acte contemplatif et un jacuzzi pour ceux qui veulent tremper dans d'autres eaux. Au bar des cocktails sont servis au son de la musique chill out, malgré le vent peu engageant. « Déjà un chant d'orgue monte : l'avion. » (Vol de nuit, Antoine de Saint-Exupéry). Puis j'atterris au rez-de-chaussée. Le bar Aviator6 donne le ton pour le welcome drink que j'avais réservé pour avant le dîner. Une flute de mousseux et j'enclenche le pilote automatique.

20h30 Paris-Lisbonne-Funchal

Il y a un couple de français deux table plus loin - je ne les ai pas entendus parler une grande partie de la soirée, mais c'est l'élégance cinématographique qui laisse percevoir leur origine. En tandem, un autre couple moins évident, lui blond au port avantagé, elle noire d'une beauté exotique, parlent allemand entre eux. En face un couple anglais, elle avec une pince attachant ses cheveux décoiffés, des sacs avec leurs achats à côté de leur table, lui également informel. Par moments, j'oublie où je me trouve. La place en face de moi est vide, un verre de vin accompagne mon repas. Voici qu'arrive le dessert, le point culminant du voyage gastronomique qui réunit trois villes dans la même assiette : Paris avec la pâte à choux, Lisbonne et la crème du pastel de nata et Funchal avec le gâteau au miel. Il existe tellement de façons de voyager. 

22h00 Compter les étoiles sur le balcon

« - Et comment peut-on posséder les étoiles ?

- À qui sont-elles ? - riposta, grincheux, le businessman. 

- Je ne sais pas. À personne.

- Alors elles sont à moi. Car j'y ai pensé le premier...

- Et ça suffit ?

- Bien sûr que ça suffit ! Quand tu trouves un diamant qui n'est à personne, il est à toi. Quand tu trouves une île qui n'est à personne, elle est à toi. Quand tu as une idée le premier, tu la fais breveter: elle est à toi. Et moi je possède les étoiles, puisque jamais personne avant moi n'a songé à les posséder.

- Ça c'est vrai ! dit le petit prince. - Et qu'en fais-tu ?

- Je les gère. Je les compte et je les recompte, dit le businessman. - C'est difficile. Mais je suis un homme sérieux ! » Le petit prince, Antoine de Saint-Exupéry).

La nuit s'est installée. Il est difficile d'apercevoir les étoiles parmi les lumières de la ville, mais les plus brillantes se laissent apercevoir. Je ne me lasse pas de ce spectacle. Je ne les compte pas, je les gère en pensées, comme si j'étais à leur côté. Quand je rentre dans ma chambre, je lis sur le menu des oreillers : « Découvrez la sensation d'être dans les nuages ». Et c'est là que je me retrouve quand je pose ma tête sur un oreiller viscoélastique, en mousse à mémoire de forme qui permet une sensation de flottement et, entre autres qualités, diminue les insomnies. Je me laisse plonger dans le sommeil, direction l'astéroïde B612. Peut-être retrouverai-je le petit prince là-bas.

10h10 Petit-déjeuner tardif

Ce serait plus sérieux de dire que j'ai déjà passé une heure à la salle de sport ou que j'ai chaussé mes tennis pour une course matinale, mais s'il y a un mot qui s'accorde bien avec les premières heures du matin c'est « paresse ». Calculons les calories possibles entre le lever du lit et la machine à café, à six pas, à côté de la télévision, quatre pas de plus pour gagner le courage d'ouvrir les rideaux et saluer le soleil sur le balcon de la chambre, huit de plus pour aller jusqu'à la douche et dix autres entre les doutes vestimentaires. Il suffit de faire les comptes... Il est 10h10 et d'après le mouvement du Bistrô 4, la salle à manger par excellence, du PortoBay Liberdade, à toute heure de la journée, la plupart des clients est déjà sortie pour sillonner la ville. Je m'installe pour commencer ma journée dans le patio et laisse la brise fraîche me réveiller, entre un jus detox, un fruit frais, le pain sans gluten, les œufs brouillés, le fromage frais et le café. Maintenant je peux le dire : bonjour. Et avec tant de choses à faire et à voir en ville, viens l'envie de sortir de l'île. Ou pas.


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